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Alors, pour commencer, je vais vous demander de vous poser la question suivante : Que se passe-t-il, quand un mec n'a plus rien à bouffer, vu qu'il refuse de fréquenter les associations distributrices
de nourriture afin de ne pas subir la promiscuité des autres SDF, souvent crades, qu'il ne veut pas cotoyer ?
Eh bien, au bout d'un certain temps sans manger...
Il fait un malaise !... Comment dit-on déjà... Un malaise vaginal... pardon, vagal !... Ou plus simplement hypoglycémique, dû à la sous-alimentation...
Intervention des Pompiers : Environ 357 €.
Et il faut alors appeler ces charmants Anges Rouges, autrement dit les pompiers... Ne disait-on pas encore il y a peu de temps, que les services
d'urgences sont quasi-saturés, et qu'il faut éviter de les déranger pour rien ? Mais enfin, vous n'allez quand même pas reprocher à
une âme charitable de se préocuper du sort de son prochain, non ?
A ce sujet, il faut préciser au passage qu'en plus, chaque intervention des Sapeurs Pompiers coûterait près de 360 € à la collectivité...
Voir encadré à la fin.
220 € pour toute admission aux Urgences !...
Ensuite, que se passe-t-il quand un mec à fait un malaise sur la voie publique ? Les pompiers l'emmenent alors à l'hôpital.
Et à ce sujet, un gentil garçon du quartier, qui est actuel- lement en 5ème année de médecine,
et à ce titre interne à l'AP-HP, a bien voulu me dévoiler que les hôpitaux facturaient systématiquement un minimum de 220 € à la
Sécurité Sociale pour toute admission aux urgences, même lorsqu'il n'y a aucun caractère de gravité...
Soit plus de 550 € le malaise !
Ce qui représente au total plus de 550 € de dépenses à l'Etat, chaque fois qu'un mec fait un malaise sur la voie publique et qu'il est conduit à l'hosto...
Ce qui est toujours le cas...
Quand on sait que les médecins, comme tous les autres membres du personnel soignant, ne sont même pas rémunérés au tarif de nuit pour les gardes qu'ils sont pourtant
tenus d'effectuer !... Quant à moi, j'ai la CMU. C'est con, hein ?... Ca peut durer longtemps !...
Imaginez alors que ça m'arrive deux fois par jour ?
Je suppose que vous savez compter...
Et alors, vous trouvez que c'est intelligent de laisser sans logement des mecs qui
pourraient tenir leur place dans la société ?
Dans ce cas, comme dirait Gilbert Montagné, c'est vous qui voyez !...
Aux Urgences, on file même pas à bouffer...
Et en plus, comme les hôpitaux sont tellement radins qu'ils ne donnent même pas un plateau repas à un mec qui est simplement passé par les urgences, sans
être réellement admis à l'hôpital, que risque-t-il de se passer, quelques heures plus tard ??? Eh oui, rebelote !...
Car le pauvre mec, en sortant des urgences, il est toujours sans pognon, et le ventre vide... Alors, comme il est par contre d'un esprit
cool et compréhensif, (contrairement à tous ceux à qui il a régulièrement affaire), à moins qu'il déteigne (très momentanément bien sûr...)
sur les idées de Martine Aubry,
(Ben oui, que voulez-vous, quand on a pas dormi au chaud depuis un moment, on peut très bien avoir des idées bizarres...)
il va se mettre lui aussi à partager le travail, notamment en changeant de secteur.
Et ici, il s'agit du travail des Pompiers de Paris !...
Et donc, notre pauvre mec, qui se trouve être ici votre serviteur, comme vous l'avez deviné, va malheureusement refaire un nouveau malaise, mais dans
un autre quartier, ou même dans un autre arrondissement de Paris.
Et une autre brave personne, un autre gentil passant qui passe, et qui va
se préocuper lui aussi du sort de son prochain, va appeler le 18 pour signaler un SDF qui semble aller très mal.
Style «A côté de lui, il y a une bouteille d'Orangina, visiblement, Messieurs, ce n'est pas un clochard bourré, il semble
véritablement avoir un problème, il ne répond pas et semble inconscient, etc... ».
Et ainsi donc, c'est reparti...
Tiens, ça me rappelle cette superbe chanson de Jeanne Moreau : « Et ainsi donc est reparti, le tourbillon
d'la vie... ».
Mais au moins, on peut dormir tranquille !...
Et le cycle va continuer : Pompiers, Urgences, examen par une infirmière qui dispatche les cas. Moi, comme je ne suis visiblement pas une
urgence, je suis mis en attente, allongé sur un brancard, en attendant qu'un médecin puisse m'examiner. Souvent, il faut compter entre
une heure et demie et deux heures...(souvent même trois) pendant lesquelles je peux enfin dormir tranquillement !!!
Bien entendu, il peut arriver que je sois ramené à nouveau dans le même hôpital, et qu'un médecin se souvienne que je suis déjà venu il y a quelques jours...
Pour les deux fois où cela s'est déjà produit, sur les 11 fois où j'ai déjà... hélas fait un malaise, un interne m'a fait simplement remarquer que je ne pouvais pas continuer à trainer dehors sans
manger... ce à quoi je lui ai répondu que je n'étais pas un mec en grêve de la faim, mais que par contre, s'il avait une solution pour
manger sans argent, qu'il veuille bien avoir la gentillesse de me la donner...
-- Mais enfin, Monsieur, vous avez des associations qui peuvent vous aider, et vous donner à manger !...
-- Oui, c'est vrai, Docteur, mais moi, je ne suis pas alcoolo comme les autres SDF ou comme beaucoup de Français... Et je ne veux pas cotoyer les personnes sales, et donc, je ne vais pas dans ces associations...
-- Mais alors, ça peut durer longtemps, ça ?
-- Oui, tout à fait, Docteur !... mais heureusement que vous êtes là !...
A ce mement, il préfère ne pas répondre. Au début, il est même à demi-persuadé que je me fous de sa tronche.
Et donc, le médecin ne cherche plus à discuter, et poursuit simplement son taf.
De plus, comme il constate bien qu'au fil des conduites aux urgences, je ne suis absolument pas en état croissant de faiblesse, ni en sérieuse
hypoglycémie, (sauf peut-être après m'être bien dépensé au sport), il comprend très vite le but que je poursuis...
Ben quoi, tout le monde sait que ce sont des hommes très intelligents, les médecins. Ils sont au minimum Bac + 8, et même beaucoup plus s'ils sont spécialistes...
C'est ça qui est bien, avec les types pas cons !... Avec eux, on est sûr, au minimum, d'avoir été compris. ils ne sont pas forcément d'accord avec vous,
mais au moins ils con- naissent votre position, et cela évite de perdre du temps !...
Cela dit, qu'il ait compris mes motivations est une chose, mais qu'il puisse agir la-dessus en est une autre.
Et il le sait, qu'il ne peut, et ne pourra
jamais rien y faire. Ni lui ni personne d'autre...
Alors, certes, je n'aurai probablement jamais un loge- ment social, en tout cas certainement pas plus rapidement que ce l'administration
des HLM de la Ville de
Paris aura décidé, mais j'aurai au moins la satisfaction de faire dépenser infiniment plus que si on avait respecté mes droits. C'est l'Abbé Pierre qui
disait que le mal-logement coûte beaucoup plus cher que le logement stable.
Alors, si l'Etat trouve intelligent de préférer dépenser plus de 70 € par jour,
prix de journée dans des foyers d'héber- gement pourris, alors que pour ce prix, on pourrait loger plusieurs personnes, eh bien croyez -moi, je n'aurai
aucun scrupule pour les suivre dans le même raisonnement à la con...
Cela ne les dérange pas de gaspiller l'argent des contribuables ? OK ! Alors on va leur en faire claquer 100 fois plus !... Et ce logement décent, que je réclame, vous allez tôt ou tard me l'attribuer.
Sans cela, on va vous faire exploser votre petit déficit budgétaire !...
Nous allons voir qui en aura marre avant !...
Nota : Des petites erreurs ont été corrigées dans le texte, ainsi que quelques fautes. Eh oui, c'est ça,
quand on ne mange pas et qu'on ne dors pas selon ses besoins !...
Sources du coût des interventions des Secours.
(Intervention VASV, et sur Base 2004) :
C'est l'Arrêté du 7 juillet 2004 pris en application des trois derniers alinéas de l'article L. 1424-42 du code général
des collectivités territoriales , qui prévoit les prix des secours sur les réseaux routiers et autoroutiers, et qui stipule :
"3.2. Modalités :
Les interventions courantes sont réparties en trois types et sont prises en charge sur la base d'un coût unitaire forfaitaire fixé pour 2004 ainsi qu'il suit :
- Secours à personne : 357 € ;
(Voilà pour le pauvre mec qui fait un malaise...)
- Secours accident de circulation entre véhicules : 450 €
- Autres opérations : 367,5 €.
Les interventions de longue durée et à caractère spécifique qui peuvent être caractérisées notamment par la mise en oeuvre de moyens spécialisés (intervention en présence de matières dangereuses), par des accidents impliquant de nombreuses victimes, par le déclenchement de plans de secours ou par l'ampleur de l'intervention (important feu de végétation ou incendie généralisé) sont pris en charge sur la base d'un coût horaire des moyens engagés et de la durée de l'opération.
Pour 2004 les coûts horaires des moyens sont fixés à :
- véhicule secours et assistance aux victimes (VSAV) : 130 €/h.
- véhicule de secours routier (VSR) : 135 €/h.
Mais bon, même si ces textes concernent principalement les secours routiers, que ce soit en province où dans les rues de Paris, un déplacement VSAV coûte toujours le même prix...
C'est un véhicule, doté d'un équipement,
qui roule avec du carburant, et surtout avec des hommes à qui la collectivité paie un salaire, + des charges sociales.
Et surtout, des pros eux-mêmes m'ont confirmés que le coût moyen d'une intervention VSAV dans Paris serait évalué entre 350 et 400 € selon la distance et le temps passé.