1 SDF et Bodybuilder
On prétend depuis très longtemps que le travail,
c'est la santé, mais qu'en revanche, ne rien faire c'est la conserver ! Ce qui
est du reste parfaitement contradictoire, mais bon... Je pense que les gens n'ont pas encore compris que ce cher Henri SALVADOR insistait
évidemment davantage sur le fait que ce qui était le plus important, c'est bien sûr de la conserver, sa santé...
Il n'hésite pas du reste à le clamer à nouveau lorsqu'il précise joyeusement
que les prisonniers du boulot ne font pas de vieux os !...
Je pense que vous pouvez suivre les conseils de celui qui chantait et dansait encore à + de 80 ans !... Bref, sans
polémiquer ni me poser de questions, moi j'ai décidé que ce qui était le mieux
pour ma santé, c'était précisément de la conserver...
Il est clair que j'aurais pu accepter de me la ruiner, cette chère santé, en travaillant
de très nombreuses années à la chaîne, à encaisser le bruit et le stress des cadences infernales.
Ou alors, en passant 8 heures à décharger des camions dans des
entrepôts balayés par le vent glacé de l'anti-canicule parisienne hivernale.
Comme une Assistante Sociale vraiment réac limite facho a osé me le suggérer un jour. Je m'en souviendrai longtemps
car elle s'appelait Thérésa, la très-mal nommée. C'était le genre « quand on veut travailler,
monsieur, on trouve, et si vous êtes prêts à aller ramasser des patates dans les champs, Monsieur, y a du boulot !...
».
Eh bien manque de chance pour vous, les moralistes, je ne refuse pas de travailler, mais bien entendu dans ma
spécialité. Quoi, les grévistes de la SNCF (Sur Neuf
Cinq Fainéants ou Sans Nous le Café Ferme)
acceptent-ils de faire n'importe quel travail ? Bon, alors OK, je continue... J'ajoute que je me suis formé tout seul, j'ai payé
moi même mes formations en achetant une tonne de bouquins d'informatique, puis du matos, et je n'ai pas l'intention d'en passer par les
diktats d'assistantes sociales ultra-vieillottes dans leur tête qui, à côté de cela, vont être
fières de pousser des dossiers d'HLM, pour permettre à des squatters en situation irrégulières
venus de 4000 km de passer devant ceux qui attendent un logement social depuis 15 ans !...
De plus, je pense que si chacun doit tenir sa place dans la société, je ne vois pas en revanche au nom de quel principe on
devrait accepter de se foutre en l'air à petit feu sous prétexte de participation à l'effort commun, alors que l'organisation
actuelle de la société ne permet pas à de nombreux citoyens de tenir la place qu'ils seraient capable d'occuper et à
laquelle ils pourraient donc prétendre !... Cela suite aux violations grossières des droits fondamentaux pourtant
explicitement garantis par les textes de valeur constitutionnelle qui régissent notre société.
Ce n'est pas non plus le problème d'être au RMI car comme je l'ai dit également dans une autre rubrique,
la question n'est pas d'opposer ceux qui bossent et ceux qui ne bossent pas. Il faudrait plutôt faire la comparaison entre ceux qui bossent
dur et ceux qui ont choisi, pas forcément par fainéantise, des emplois tout aussi respectables, certes souvent moins
rémunérateurs mais qui leur ont aussi moins abîmé la santé.
Le garçon de café, par exemple, a choisi un travail où c'est vrai, il faut trimer assez dur, (encore que les
conditions évoluent) mais dans lequel grâce aux heures effectuées, on peut encore gagner à peu près correctement sa vie. Ces
heures ne sont pas forcément payées sur une base d'heures supplémentaires, mais dans d'autres professions plus classiques,
on n'a même plus la possibilité d'en faire !
Personnellement, je connais des garçons de café qui bossent certes jusqu'à 14 heures par jour sur 5 jours, ce qui leur fait donc des semaines
de 70 heures. Oui, mais ils touchent un salaire de 112 à 120 € nets par jour soit 8,00 € nets de l'heure.
Et à cela, il faut rajouter les pourboires !...
Et si on multiplie ces 112 € par 22 jours, on obtient 2 464,00 € nets mensuels.
Pour rappel, le SMIC horaire que perçoit le malheureux Travailleur Pauvre est de 8,44 € bruts, soit 6,60 € nets après avoir enlevé environ
22% de Sécurité Sociale. Soit actuellement environ 1 006 € nets par mois !...
Alors, bien sûr, nombreux sont ceux derrière leur comptoir, qui me répondront : Oui, mais on bosse, le boulot est dur ! Et c'est vrai, c'est
clair. Mais inversement, d'autres aimeraient également pouvoir gagner plus de thune en faisant, sinon 70 heures, au moins 45/50 heures,
au lieu d'avoir plein de temps libre avec un salaire de smicard !... Donc, vous avec choisi, ne vous plaignez pas, et ne traitez pas de fainéants tous ceux qui ne sont
pas comme vous.
Un barman bien plus facho que la moyenne, limite nazi, me disait un jour « Et si tout le monde faisait comme vous ? » en faisant
allusion aux mecs qui font la manche. Mais dites moi plutôt, si tout le monde se trouvait derrière un comptoir, qui auriez-vous comme
client ?
Par contre, le mec qui est derrière son guichet à La Poste (vous savez, les anciens Petits Travaux Tranquilles...),
il ne se fatigue pas beaucoup, c'est vrai, mais il ne gagne guère plus que le SMIC, non plus. C'est un choix, et c'est son
choix. Et puis il en faut aussi, des mecs qui bossent sans se fatiguer, non ?. C'est ce que disent tous les moralisateurs dès qu'il s'agit
de boulots
pas très reluisants que les mecs non diplômés devraient forcément accepter de faire !... On dit il qu'il en faut... Eh bien c'est
aussi valable pour toutes les autres activités, et même pour celles qui sont les moins fatigantes. Encore une fois, c'est un choix,
et tous les choix sont aussi respectables les uns que les autres !... Pour reprendre un autre proverbe de nos aînés, que là
aussi je leur retourne, il faut simplement savoir ce qu'on veut, le fric ou la santé, et accepter de ne pas tout avoir.
Car c'est bien connu : on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et baiser la cremière par devant et par
derrière !...
Et moi, je ne veux plus perdre ma vie à essayer de la gagner.
Bien sûr, il y en a qui ont tout, le fric et la santé, et d'autres qui n'ont rien, je ne vais pas refaire cette petite planète. Comme disait
Coluche, y en a qui seront môches, y en a qui seront pauvres, y en a qui seront Noirs (je cite seulement, hein ?) et puis y en a qui seront
pauvres,
môches et Noirs, et pour eux, ce sera vraîment très dur !!!
Maintenant, c'est clair que lorsque je vois l'état d'esprit hypocrite d'une grande majorité de mes concitoyens, j'ai
choisi.
Et je fais partie de ceux qui pensent que déjà, un corps ça se respecte ! Alors à
plus forte raison, ce n'est pas parce que je me retrouve SDF que je vais me foutre la santé en l'air !...
Et même quand je retravaillerai, je ferai encore passer le sport avant toutes les autres choses qui,
dans une vie, viennent normalement après le boulot. Et surtout, je ne suis pas de ceux qui fuient la
réalité en se réfugiant dans les mondes artificiels fugaces crées par les drogues, légales ou
illégales...
Et je tiens quand même à préciser un truc à tous ces gros cochons qui passent le plus clair de leur
temps de repos
devant leur bière, avec la clope au bec, à critiquer sans cesse les RMIstes, et tous les chômeurs en
général : C'est qu'une journée d'hospitalisation
coûte plus de 600 € par jour à la Sécurité Sociale. Cela signifie que lorsqu'un type, à la suite de tous les
excès qu'il a commis durant sa vie, doit aller se faire soigner à l'Hôpital, il va coûter en une seule
journée d'hospitalisation ce qu'un RMIste coûte, lui, en 1 mois et demi. C'est à dire 45 fois plus !